Article paru en septembre 2006 dans le bulletin du Mouvement Français des Educateurs Canins :



Le dressage équin

Depuis peu heureux propriétaire d’une pouliche, je me suis plongé dans la littérature du dressage classique et éthologique des chevaux. Or, le dressage équin est l’art de la sensibilisation et de la désensibilisation.

Son objectif est de sensibiliser l’animal aux „aides“ du cavalier. On cherche à instaurer la „légèreté“. C’est-à-dire, obtenir un animal qui réagit instantanément en cédant à la moindre pression des jambes, de l’assiette et des mains sur le mors. Pour certaines disciplines, on vise aussi à sensibiliser l’animal à la voix.

On cherche à désensibiliser le cheval, animal de proie ombrageux, aux choses qui risquent de provoquer des réactions de fuite incontrôlées et aux autres stimuli déclenchant des comportements indésirables.



Le renforcement négatif

Dans le monde du cheval, le renforcement positif reste une technique peu utilisée. Le dressage équin est presque exclusivement basé sur le renforcement négatif. Spécialistes de cette matière, les bons écuyers disposent de connaissances dont les éducateurs canins pourraient en tirer avantage. J’aimerais vous faire partager ce que j’ai appris d’eux. Si je vous présente cette pratique, ce n’est que dans l’espoir d'optimiser nos méthodes positives grâce à elle. Le sujet dont je vous parle est assez théorique, je compte sur vous pour bien vouloir me suivre…



Le travail de la sensibilisation chez le cheval

Pour sensibiliser le cheval à „l’aide“, la demande du cavalier, on exerce une pression (stimulus désagréable) de plus en plus forte. Lorsque l'animal y réagit, instantanément, on enlève la pression. Le cheval apprend que céder fait cesser la sensation désagréable. D'un autre côté, il apprend que s’il ne réagit pas, rapidement et sans répit, la pression deviendra de plus en plus désagréable. Ainsi l’animal apprend à réagir tout de suite à la moindre pression en bougeant à droite ou à gauche, à accélérer ou à ralentir.

Au cas contraire, si jamais on fait diminuer la pression ou si on l’arrête avant que l’animal ne réagisse, il apprendra que pour être laissé tranquille, ce n’est pas la peine de réagir. Ainsi, pour éviter que le cheval se désensibilise à l’aide, il est donc important que ce stimulus ne soit pas supprimé avant que l’animal n’y réponde. D’ailleurs, si au moment où le cheval réagit le cavalier ne cesse pas tout de suite d’agir avec son aide, la réactivité de l’animal s’éteindra par manque de succès.



La désensibilisation du cheval

Idéalement pendant sa jeunesse, on cherche à désensibiliser le cheval aux choses qui lui font peur et qui déclenchent de sa part des réactions indésirables. On lui présente la chose qui risque de provoquer sa réaction défensive de façon à qu’il n'y réagisse pas, puis on supprime ce stimulus. On recommence de façon de plus en plus intense (plus près, plus grand, plus fort, plus rapidement, plus long…), en arrêtant toujours avant qu'il ne craque.

Si par inadvertance l’animal réagit malgré tout, il est surtout important d’éviter de renforcer son comportement défensif. Il faut donc faire en sorte que le stimulus ne disparaisse pas jusqu’au moment où l’animal redevienne calme. Sinon, comme on a vu tout à l’heure, il en deviendrait sensibilisé. Il apprendrait que fuir ou se débattre marche.

En résumé, si l’on cherche à désensibiliser grâce au renforcement négatif, on supprime le stimulus désagréable avant ou éventuellement bien après que l’animal réagisse. En revanche, si l'on cherche à sensibiliser on supprime le stimulus au moment où l'animal réagit. La différence est donc juste une question de timing.



Notre travail avec les chiens

Chez les chiens, quantité de choses risquent de déclencher des comportements indésirables (aboyer quand il se trouve seul, réagir agressivement face à un congénère ou quand on s’approche de son os, bouger lors du pas bouger etc.) Dans notre profession nous travaillons donc beaucoup la désensibilisation.

Généralement peu versés dans l’application ciblée du renforcement négatif, nous risquons de négliger son influence inévitable lors de notre travail. Les acquis du dressage équin nous permettent d’affûter notre travail en éducation canine.



Le travail de la désensibilisation chez le chien

L’équitation nous apprend que lors d’un travail de désensibilisation, idéalement, le stimulus déclencheur devra être introduit tout en évitant de provoquer la réaction indésirable de l’animal (un stimulus peu intense, èloigné, petit, court, lent, etc.)*
L’équitation nous apprend surtout aussi l’importance d’éviter que le stimulus disparaisse avant que l’animal ne retrouve son calme, si malgré toutes nos précautions il a craqué. Si le stimulus déclencheur disparaît quand l’animal réagit agressivement ou quand il a peur, il n'en deviendra que plus sensible et réactif plutôt que moins !




La désensibilisation est donc un travail précis qui, afin de ne pas aggraver le problème, ne s’improvise pas. Idéalement, on travaille dans une situation bien organisée avec les stimuli déclencheurs contrôlables. Ils doivent être suffisamment faibles, se présenter graduellement sans surprises et, comme on a vu, surtout ne pas disparaître avant que le chien ne se calme au cas où il craque.**

Les explications ci-dessus sont valables pour tout travail de désensibilisation aux stimuli désagréables. Mais attention ! Tout est différent si jamais l’animal apprécie le stimulus qui déclenche sa réaction indésirable. La terminaison d’une chose agréable ne relève pas du renforcement négatif, mais de la punition négative. Dans un tel cas, supprimer le stimulus qui déclenche sa réaction indésirable quand il se calme ne ferait donc que décourager le chien d’être sage !

En conséquence, lors de notre travail de désensibilisation, pour certains cas il est important de bien déterminer comment, en fait, le chien vit le stimulus : „ Aime-t-il ou non ? “. Le travail avec un chien qui prend du plaisir à courir agressivement après les vélos, ne sera donc pas forcément identique au travail avec un chien qui réagit agressivement parce qu’il ne les supporte pas. Dans le premier cas c’est l’arrivée du vélo qui renforce le comportement agressif (il faudra donc faire demi-tour dès que le chien craque), dans le second sa disparition (faire demi-tour dès qu'il se calme).



Eviter une désensibilisation involontaire

Comme les chevaux, on souhaite que les chiens soient sensibles aux ordres. On désire qu’ils réagissent tout de suite, sans qu’il soit nécessaire de lever la voix. Si un chien n’écoute pas, tout en connaissant l’ordre, c’est que, vu la situation, il n’a pas envie d’écouter.




Pour récapituler, c’est le timing, le facteur déterminant quant au résultat du travail. Si l’on veut désensibiliser grâce au renforcement négatif, on supprime le stimulus désagréable avant que l’animal ne réagisse ou éventuellement bien après. Si donc l’animal réagit agressivement ou panique, il est très important que le stimulus déclencheur reste présent jusqu’à ce qu'il se calme. Sinon, il en deviendra encore plus sensible et réactif !



Travailler la sensibilisation aux ordres

De façon comparable à ce qui est pratiqué avec les chevaux, théoriquement il serait envisageable de sensibiliser les chiens d’avantage à nos demandes moyennant le renforcement négatif. Cela reviendrait à monter la pression moyennant des ordres de plus en plus punitifs jusqu’au moment où le chien réagit, puis relâcher.

Heureusement l’éducation canine moderne se sert du renforcement positif, méthode largement plus efficace. Espérons que le monde du cheval réalisera, plus qu’actuellement, qu’il sera possible de progresser grâce aux acquis des éducateurs canins.




Et qu'en est-il de ma pouliche ? Justement, j’espère que j’arriverai à lui apprendre à apprécier le travail en équipe avec l’homme, plutôt qu’à préférer rester tranquille dans la pâture avec son troupeau. Pour le moment, entre autres, elle revient volontairement au rappel, elle marche bien en laisse, et donne la papatte.




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Joris Loeff © N° 00040031






la punition
cours pour chiots
instruction du maître
méthode
info pratique






































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Il ne faut pas oublier d’ailleurs, que ce qu’un animal arrive à supporter dépend aussi d’autres facteurs comme la fatigue.

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Au cas idéal, un travail complémentaire de réconditionnement par le renforcement positif, il n’est pas indispensable que le stimulus disparaisse tout de suite au moment où l’animal se calme. On pourra arriver, grâce à la récompense, à ce que le chien apprenne à profiter de la présence prolongée du stimulus parce qu’il aura le droit de faire son exercice préféré (assis et regarder son maître) afin de gagner ses croquettes. Le stimulus devra toutefois être supprimé avant que le chien ne le supporte plus.

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Attention, dans certains cas, c’est qu’il est incapable de le faire !

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